Décapée

juin 12, 2009 par jakuta

Chers,

Je reviens d’une longue, bien longue disparition. N’ayant pas mon pareil pour cultiver mon côté mystérieux, je ne dirai rien de ce qui m’a occupé ces longs mois. Sachez seulement que mes cheveux ont failli devenir blancs comme neige. Ceci doit être pris au sérieux, venant de quelqu’un qui a lu Ghost Story de Peter Straub avant d’avoir treize ans.

J’ai failli aller au Canada. J’ai failli hausser la voix. J’ai même failli m’endormir un soir avant vingt et une heures. Je reviens décapée de toutes ces aventures que la discrétion m’empêche de raconter.

décap

Dans ce numéro, j’ai signé une histoire intitulée Notes sur le trafic de biens culturels. Pour autant, je n’ai rien à voir avec le vol du carnet de dessins de Picasso, même si la coïncidence, évidemment, en a laissé quelques uns songeurs.

De plus, je sais à présent craquer une allumette sur la semelle de ma santiag : plus rien ne peut donc m’atteindre.

TRAILER TRASH 4.4

avril 21, 2009 par jakuta

Enfer ! Les bandes, et ce qu’elles annoncent…
« The wilderness of Cameraland thickens »

Exceptionnellement en pré-lecture

(CUT la Revue nous a oubliés dans les bois, cette semaine – ou on s’est perdus exprès, enfin je ne sais pas, mais nous voilà seuls dans la nuit)


44

Robert S., mon grand-père imaginaire, avait des sentiments mitigés vis-à-vis du cinéma. Il y allait beaucoup, pourtant, et sans discrimination. C’est de lui que ma mère tient son amour de Godard et Resnais, et c’est de lui que vient le mien pour Marker, la Hammer, L’étrange créature du lagon et autres productions Grindhouse et/ou souterraines. Papy disait en somme que le cinéma créait des mondes. Le problème étant que ces mondes se dégradaient dans sa mémoire, ne laissant qu’une sédimentation d’images, de clichés, de décors, de mauvaises répliques fleurissant sur les restes enfouis de quelques bonnes séquences. C’était une espèce de géologie cinématographique : une variante du « rien ne se perd ». Il discutait souvent de la question avec ses amis, des artistes comme lui, au Chateau Marmon sur Sunset Boulevard. C’était vers 1971 et Lindsay Lohan n’avait pas encore emménagé sur place. D’ailleurs elle n’était même pas née.

Il faut écouter ses grands-parents d’élection, car on ne les a pas choisis pour rien. Cette semaine, nous courons tous le risque de nous polluer l’inconscient avec des images psychiquement non biodégradables. En effet, l’imberbe insupportable Zac High School Musical Efron arrive sur les écrans. De peur qu’il ne revienne vous hanter dans plusieurs décennies, sans avoir été invité (un peu comme, me dit-on, Marlon Brando dans les flashs d’acide de Dennis Hopper), il vous faudra suivre les mesures de précaution suivantes : si vous croisez un cinéma, changez de trottoir. N’allumez pas votre téléviseur. Surtout, n’attendez pas de bus – il est partout. Et il a 17 ans – encore. Pour joindre l’insulte à l’offense on nous y a adjoint Chandler, horizon d’attente bouffi pour tous ceux qui n’auront jamais plus « encore 17 ans » mais qui, un jour, risquent bien d’en avoir 37. En somme, une calamité. Louez plutôt, je ne sais pas, Freaky Friday avec Li Le retour de la coccinelle Lo et la dame du poisson nommé Wanda (celle qui couche plus vite que son ombre dans The Fog de Carpenter). Ce sera sans doute tout aussi insupportable mais au moins elles auront, elles, des raisons génétiques d’être aussi lisses.

Continuons : Lorant Deutsch se perd sur un site néanderthalien. Lui et ses amis sont les victimes d’étranges prédateurs. D’après Humains, l’homme a toujours cherché à savoir s’il était seul dans l’univers (…) mais nous sommes-nous posés la bonne question : sommes nous les seuls êtres humains sur terre ? Et vous, serez-vous le seul homo sapiens dans la salle ? Je tremble d’impatience.

De Coco avant Chanel je ne peux rien dire, c’est la chasse gardée des présentateurs de journaux télévisés.

Par contre, il m’est permis de mentionner Jerichow, la bande annonce la plus intrigante de la semaine : des gens dansent sur la plage, marchent sur une falaise, et personne ne tient la main du spectateur. C’est peut-être risqué mais surtout très rafraîchissant.

Sinon, encore un remake d’un film de Wes Craven. Ces dernières années, les producteurs se sont dirigés à petits pas prudents vers le point sombre de sa filmographie, l’infernal et sadique Dernière maison sur la gauche. Personne (sauf Mark Kermode) ne semble avoir compris que ces films intolérables étaient intéressants à leur époque parce qu’ils étaient transgressifs. Le sont-ils encore aujourd’hui ? À vous de trancher. Personnellement je vais plutôt revoir La Source de Bergman. Ne vous avisez pas de me traiter de snob : c’est exactement le même scénario (si j’avais  re-17 ans je dirais pitch).

Le secret de Lily Owens prétend nous apprendre la vérité sur l’espoir, l’amitié, la famille, et ce, dans une grande maison rose (quelque part, j’imagine, dans le Sud des Etats-Unis). C’est à frémir. Et par pitié, que quelqu’un donne des hormones de croissance à Dakota Push Fanning. Ou au moins un biscuit. Elle commence à me faire peur.

Pour finir sur une note moins pessimiste, j’irai voir Les 16 de Basse-Pointe, un documentaire sur ce qui est considéré comme le premier procès du colonialisme aux Antilles, et Still Walking, parce que je suis encore sensible à la beauté et que, contrairement aux rumeurs, je n’ai pas un cœur de pierre.

Sur ce, je retourne à mon grand-père imaginaire, que je remercie pour tout : ses œuvres, ses écrits, son intelligence et la citation en exergue cette semaine.

Lu

avril 13, 2009 par jakuta

Possession, dévergondage, machinations. Tennis.

Le mal-aimé de W. Gombrowicz est un livre fascinant. Roman-feuilleton datant de 1939, les derniers chapitres ne furent retrouvés qu’en 1986, ce qui en soit est une aventure.

gom
Les jeunes gens de bonne famille y sont des scélérats, les héritières des ingrates, sans mentionner ces mufles d’instructeurs de tennis. Seuls les spirites font bonne figure, ce qui est dans l’ordre des choses. Le linge de maison y est proprement terrifiant. Et que dire des crayons – j’en frémis encore. ‘De ma vie je n’ai eu affaire à un objet d’aussi mauvais augure que ce crayon. C’est la pire chose que j’aie jamais prise en main.’
Cela ressemble à s’y méprendre à mon quotidien, d’ailleurs.

Horreur! C’est vendredi©

avril 10, 2009 par jakuta

S’il y avait une image pour résumer ma semaine, ce serait quelque chose de ce genre :

deathproof1

En fait ça n’a pas grand rapport, mais j’ai une vie intérieure très riche. Et une relation problématique au tabac. Comme la plupart de mes amis, d’ailleurs.

A part fumer en cachette toute une nuit et tousser le lendemain, j’ai apparemment raté un casting d’adolescents boudeurs – ce qui est un peu normal, vu que je ne suis pas un adolescent boudeur. J’aurais bien aimé voir ça, quand même.

Cette semaine, il y a eu un déjeuner agréable dans un endroit tenu secret, et des initiatives étranges (beaucoup de champagne et Ghostbusters, revu à une heure absolument indue – un scandale).

Par ailleurs, pas une ligne n’a été écrite. Il n’y a donc franchement pas de quoi être fière.

Vu

avril 5, 2009 par jakuta

Enfin j’ai vu Martin (Romero, 1977).
Nosferatu. Vampire! First I will save your soul, then I will destroy you. I will show you your room.
Remarquable.

NB

avril 4, 2009 par jakuta

Tous les Trailer Trash sont disponibles sur Cut la revue.

Avec un nom pareil…

avril 4, 2009 par jakuta

Certains de mes amis le savent : je ferais n’importe quoi pour garder mes lunettes noires en intérieur.
L’unique raison d’être de ce blog est de les garder sur le visage dans des circonstances absurdes.
S’il y en avait une autre, ce serait d’apprendre au monde à prononcer mon nom.

Jakuta (Ya-Koo-Ta) Alikavazovic (comme ça s’écrit, j’en ai peur).

Ce n’est pas aussi effrayant qu’il y parait et, une fois qu’on s’y est fait, c’est un cri de guerre tout à fait acceptable.

C’est un nom que l’on peut voir de temps en temps dans des espaces publics. Par exemple :

Histoires contre nature

Histoires contre nature

Histoires contre nature est un recueil de nouvelles dans lequel les personnages font n’importe quoi et s’interrogent sur une surprenante jeune femme. On y trouve des banquiers aspirants romanciers, un peu de romance (et sans doute plus de sarcasme), au moins une histoire d’amour et, comme l’indique la couverture, un requin miniature dans du formol.

Corps volatils

Corps volatils

Sans être un roman noir, Corps volatils est un livre sombre. Les personnages sont de grands nocturnes. On y voit des pluies acides et on y cherche des manuscrits disparus. Des hallucinogènes y changent de main, un tatoueur fou sévit dans la capitale, on y croise au moins un cracheur de feu.
Le narrateur est un homme, je suis une femme, il ne faut pas se laisser désarçonner pour si peu.

Romeo Y Julieta

Romeo Y Julieta

Romeo Y Julieta est une nouvelle pour fumeurs et ex-fumeurs. Les amateurs de Jacques Tourneur y trouveront aussi leur compte. Il y a quelques cascades de toute beauté.

Ya-Koo-Ta!!! et les grands enfants

avril 4, 2009 par jakuta

On me fait observer que j’ai omis de parler de mes livres pour la jeunesse. Piteusement je répare cet oubli :

Holmes et moi

Holmes et moi

Holmes et moi est une sorte de manuel de savoir-vivre adolescent. On n’y va que marginalement en cours, on convoite des gens en secret, on met au jour des histoires troublantes. Les personnages de Holmes et moi passent et repassent dans mes autres livres, en particulier Corps volatils, qui est un roman pour adultes. On est libre de garder ses illusions de jeunesse et de refuser à tout prix de les reconnaître.

Leçon d’équilibrisme n°1

Leçon d’équilibrisme n°1

Leçon d’équilibrisme n°1 a pour narrateur Perkins, ainsi nommé en l’honneur d’Anthony-la-Psychose. Ce n’est pas pour autant un manuel de pychiatrie. On n’y voit pas le moindre oiseau empaillé et, si mes souvenirs sont bons, personne ne s’y douche jamais.